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LA FIEVRE DANS LE SANG (Splendor in the grass) - Elia KAZAN.
     
Etats-Unis – 1961 – couleurs – 124mn
Scénario : William Inge
Photo : Boris Kaufman
Décors : Gene Callahan
Musique : David Amram
Montage : Gene Milford
Interprétation : Natalie Wood ; Warren Beatty ; Pat Hingle ; Barbara Loden
     

A la vieille du krach boursier, dans une petite ville du Kansas, Bud, fils d’un riche propriétaire de puits de pétrole, et Deanie, fille d’un petit actionnaire, sont étudiants ; ils s’aiment et songent à se marier. Mais les préjugés (de classe) sont trop forts et les parents s’opposent à cette union. Deanie se révolte, mais Bud se soumet aux désirs de son père.

Splendor in the Grass est une œuvre à la beauté fiévreuse, d’un lyrisme puissant jusqu’au dénouement dont Kazan disait qu’il était, de tous les films qu’il avait réalisés, celui qu’il préférait : “il y a là quelque chose de très beau et que je ne comprends pas vraiment. Cela va plus loin que tout ce j’ai fait ; c’est venu comme ça. Ce n’est pas une fin heureuse dans les termes de la mythologie hollywoodienne, mais c’en est une en termes de vie réelle”. Le désir – contrarié et bridé, qui consume les êtres – est au cœur du film : désir des hommes, mais peut-être surtout désir des femmes dont Kazan offre de beaux portraits, notamment celui de Ginny, sœur de Bud, jeune femme en rébellion autodestructrice contre la société conservatrice, qu’interprète Barbara Loden, épouse du réalisateur. Mais ces questions ne peuvent être séparées du Krach de 1929, qui offre bien plus qu’un contexte de circonstance. Dans sa tentative de décrire “l’âme de l’Amérique en ce temps-là”, d’en révéler la crise et “d’en mettre à nu les rouages”, Kazan associe le puritanisme des mœurs et le matérialisme sordide de la vie quotidienne. Enfant de la Dépression, il avait beaucoup de souvenirs personnels d’une période qui avait cruellement marqué le destin de sa propre famille, et voulait en écrire l’Histoire, ce qu’il avait déjà entrepris dans son précédent film, le trop méconnu Wild River.

Elia Kazan est né en 1909 dans les faubourgs d’Istanbul, de parents d’origine grecque qui partirent tenter leur chance aux Etats-Unis lorsqu’il avait quatre ans – America, America (1963) racontera cette histoire. Membre du Group Theatre à l’époque du New Deal, acteur puis metteur en scène, il participe à l’intense activité intellectuelle, artistique et politique (il s’inscrit au PC) de la décennie. Il est l’une des vedettes de Broadway dans les années quarante, montant Un tramway nommé désir et Mort d’un commis voyageur, et fonde l’Actor’s Studio avec Cheryl Crawford en 1948. En 1945, il réalise son premier film hollywoodien : Le Lys de Brooklyn. Suivront plusieurs films avec son acteur fétiche, Marlon Brando : Un Tramway nommé Désir (1951), Viva Zapatta! (1952) et Sur les quais (1954). On peut citer aussi : A l’est d’Eden (1955), Baby Doll (1956), L’Arrangement (1969) d’après son propre roman – car Kazan est également un romancier réputé. Les difficultés rencontrées à Hollywood l’amèneront à concevoir une quasi auto-production pour Les Visiteurs (1972), tourné en super-16. Il reçoit en 1999 un Oscar spécial, très contesté en raison de sa conduite devant la Commission des activités anti-rouges. Il est mort en septembre 2003 à New York.

Vous pouvez lire :
Elia KAZAN, Une vie, Ed. Grasset, 1989
Michel CIMENT, Kazan par Kazan, Ed. Ramsay, coll. “Poche Cinéma”, 1985
Michel CIMENT, Une odyssée américaine par Elia Kazan, Ed. Calmann-Lévy, 1987

     
Séance : Jeudi 17 avril à 20h00.