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COURTS METRAGES DOCUMENTAIRES - Artavazd PELECHIAN.
     
U.R.S.S. – noir-et-blanc – durée du programme : 104mn
Nous (Menk) – 1969 – 25mn
Image : Laert Porossian, Elisbar Karavaev, Karen Messian
Son : F. Amirkhanian
Musique : F. Amirkhanian, Bellini (La Norma)
Montage : L. Volkova
Les Saisons (Tarva Yeghanaknere) – 1972 – 29mn
Image : M. Vartanov, B. Hovsepian, G. Tchavouchian
Montage : Aida Galstian
Musique : Vivaldi V. Kharlamenko
Notre Siècle (Nach Vek) – 1982 – 50mn
Image : O. Savin, L. Porossian, R. Voronov, A. Choumilov
Son : O. Polissonov
Montage : Aida Galstian
     

A partir d’images préexistantes ou prélevées par lui sur le réel, Pelechian réalise des documentaires exempts de toute parole (pas de commentaire, pas de prises de parole). Nous a pour sujet le retour des Arméniens au pays lors des rapatriements successifs (de 1946 à 1950). Les Saisons montre le travail des bergers et des moissonneurs, les gestes ancestraux liés à la transhumance et aux moissons. Notre Siècle évoque la conquête de l’espace, épopée majeure du 20ème siècle.

Il est difficile de résumer les films de Pelechian, et tout autant de les classer, “sauf dans la catégorie à tout faire du ‘documentaire’. Pauvre catégorie!” (Serge Daney, Libération, 11 août 1983). Héritier des cinéastes soviétiques Eisenstein (sa réflexion jamais close sur le montage) et Vertov (le cinéma “non joué”, la notion d’“intervalle”), le cinéaste travaille au montage d’images – les siennes, celles d’archives – et de la musique, en cherchant à produire un jeu de résonances qu’il nomme “le montage à distance” et qu’il définit ainsi : “le montage à distance, en tenant éloignés deux plans qui font sens, communique leur tension et fait qu’ils se parlent à travers toute la chaîne des plans qui les relient”. Au lieu de pratiquer un montage qui procède par rapprochement, confrontation de deux éléments porteurs de sens, Pelechian explore la disjonction, la séparation, la distance, proposant des œuvres certes “documentaires” mais qui n’ont pas pour enjeu de témoigner (elles sont, d’une certaine manière, sans sujet), qui peuvent s’apparenter à la composition musicale, “fonctionnent comme une transposition visuelle du concerto ou de la symphonie, et réservent ainsi au spectateur une expérience émotive oubliée depuis les avant-gardes du muet” (François Niney).

Artavazd Pelechian est né en 1938 à Leninakan, ville d’Arménie soviétique. Après avoir suivi une formation technique, il exerce le métier d’ouvrier dans un atelier de fabrication d’outils, puis celui de dessinateur industriel, avant de devenir constructeur technique. Sa relation au cinéma naît de son expérience de spectateur. Il entre en 1963 au VGIK, l’école de cinéma de Moscou, dans la section “Mise en scène” où il a pour camarade de formation Andreï Tarkovski. Il réalise durant ses études trois courts métrages, dont Au Début (1967) qu’il dédie au 50ème anniversaire de la Révolution d’Octobre. Pelechian tourne peu – et des films courts : Les Habitants (1970), Dieu en Russie (1984), Fin (1992), Vie (1993). Jusqu’à la Perestroïka de Gorbatchev, ses films ne circulaient pas hors de l’URSS et n’accèdaient que rarement aux festivals internationaux. Godard ou le critique Serge Daney, découvrant son œuvre, contribuèrent à sa diffusion et à sa reconnaissance. Pelechian vit et travaille aujourd’hui à Moscou.

Vous pouvez lire :
Artavazd PELECHIAN, “Le Montage à contrepoint, ou la théorie de la distance” (mars 1971-janvier 1972), publié en français dans la revue Trafic, n°2, printemps 1991
François NINEY, “Entretien avec Artavazd Pelechian”, revue Cahiers du Cinéma, n°454, avril 1992

     
Séance : Jeudi 20 mars à 20h00.