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ELLE ET LUI (An Affair to remember) - Leo McCAREY.
     
Etats-Unis – 1957 – couleurs – 115mn
Scénario : Delmer Daves, Leo McCarey, Donald Ogden Stewart, d’après une histoire originale de Leo McCarey et Mildred Cram
Photo : Milton Krasner
Musique : Hugo Friedhofer
Montage : James B. Clark
Interprétation : Cary Grant ; Deborah Kerr ; Richard Denning ; Neva Patterson ; Cathleen Nesbitt
     

Nicky Ferrante et Terry McKay se rencontrent sur le paquebot qui les ramènent à New York. Play boy et bourreau des cœurs, Nicky a décidé de se laisser épouser par une richissime héritière. Terry, ancienne chanteuse de cabaret, est également sur le point de se marier. Le flirt mondain finit par engager de vrais sentiments. Ils décident de se donner le temps de la réflexion, et se donnent rendez-vous six mois plus tard, au sommet de l’Empire State Building…

Le mélodrame le plus célèbre de l’histoire du cinéma, “un film si beau qu’il le tourna deux fois”. Elle et lui, produit par la 20th Century Fox, tourné en couleurs et en CinemaScope, avec les acteurs anglais Cary Grant et Deborah Kerr est en effet le remake, par son auteur, d’un film de 1939 : Elle et lui, produit par RKO, tourné en noir et blanc, avec Irene Dunne et Charles Boyer. Les titres originaux jouent sur cette parenté : An Affair to remember invite le spectateur cinéphile à se souvenir de la première Love Affair. Entre les deux versions, peu de changements, mais des ajouts ou variations subtiles, notamment dans les éléments qui basculent du rôle masculin au rôle féminin, ou vice versa. McCarey déclarait dans un entretien accordé aux Cahiers du Cinéma : “C’est d’ailleurs la seule fois que j’ai fait un véritable remake d’un de mes films, et je ne l’ai fait que parce que c’est l’histoire d’amour que je préfère. Comme au moins 2 générations de jeunes n’avaient pu voir cette première version, j’ai eu le sentiment que je devais de nouveau la raconter pour eux”. Le film n’a pas pour unique raison la réédition d’un succès critique, public et financier. En cette fin des années cinquante qui voit le mélodrame croiser la violence du film noir (chez Minnelli, chez Nicholas Ray, notamment), McCarey – comme Douglas Sirk qui à la même époque tourne nombreux remakes de mélodrames des années trente – souhaite se retourner sur l’histoire et l’essence d’un genre qui ne trouvera bientôt plus à s’exprimer que dans les soap opera.

Injustement oubliée aujourd’hui, l’œuvre de McCarey parcourt l’histoire d’Hollywood des années vingt aux années soixante. Scénariste talentueux, producteur de quelques-uns des plus gros succès de l’histoire du cinéma, sa carrière de réalisateur débute à la glorieuse époque du burlesque : inventeur du couple Laurel et Hardy (lui et lui?), il a fait tourner Charley Chase, W.C. Fields, Harold Lloyd (Soupe au lait), Mae West et les Marx Brothers (Soupe au canard, 1933). A l’instar d’un Lubitsch, il fut l’un des fers de lance de la comédie loufoque ou sentimentale dans les années trente : Cette sacrée vérité, L’extravagant Mr Ruggles, Madame et son cowboy, Lune de miel mouvementée – série de films interprétés par Charles Laughton, Cary Grant, Irene Dunne, Gary Cooper, Merle Oberon, Ginger Rogers, … Le contexte belliciste des années quarante le conduit à la comédie religieuse : La Route semée d’étoiles en 1944, Les Cloches de Sainte-Marie en 1945, Ce bon vieux Sam en 1948. Les tournages s’espacent dans les années cinquante, et le dernier film de McCarey sera Pousse-toi, chérie, en 1963 avec Doris Day.

Vous pouvez lire :
Bernard Bénoliel et Jean-François Rauger, dir., Leo McCarey, Le burlesque des sentiments, Ed. Cinémathèque française / Mazzotta, 1998

     
Séance : Jeudi 14 février à 20h00.