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LE SERGENT NOIR (Sergeant Rutledge) - John FORD.
     
Etats-Unis – 1960 – couleurs – 111mn
Scénario : Willis Goldbeck, James Warner Bellah
Photo : Bert Glennon
Musique : Howard Jackson
Montage : Jack Murray
Interprétation : Jeffrey Hunter ; Constance Towers ; Woody Strode ; Billie Burke ; Carleton Young
     
     
Braxton Rutledge, sergent-chef de cavalerie noir, est accusé du viol et du meurtre d’une jeune fille blanche. Le lieutenant Tom Cantrell, persuadé de son innocence, prend sa défense et les témoins se succèdent à la barre. Le film est le récit du procès, sans doute inspiré par un fait divers de 1880.

Woody Strode est un visage et une silhouette (athlétique) connus des amateurs de l’œuvre de John Ford : il est Pompey, l’homme à tout faire de Tom Doniphon qu’interprète John Wayne dans L’Homme qui tua Liberty Valance ; il incarne un chef indien, Stone Calf, dans Two Rode together et un guerrier chinois brutal dans Frontière chinoise. Il est donc souvent l’Autre – l’autre du blanc : tour à tour chinois, indien, et noir bien évidemment, mais indifféremment. Il est donc passionnant de suivre Ford dans cette auscultation des fantasmes raciaux de la société blanche et de la place des Noirs dans la société américaine et l’imaginaire blanc. C’est une nouvelle fois à l’ombre de Monument Valley (“le Sinaï fordien par excellence, le théâtre des origines, le lieu de la fondation et l’enjeu de tous les conflits”, Charles Tesson) que se déroule ce film : le huis-clos du procès, étouffant, bruissant d’une foule prête à lyncher l’accusé, est entrecoupé par des flash-back qui mettent en scène les témoignages fragmentaires, partiels, parfois mensongers, dénaturés par les préjugés raciaux, d’une vérité qui se fait jour difficilement. Ces préjugés, Ford en explore hardiment les fondements sexuels : Rutledge (donc Woody Strode, pour une fois au premier plan) est ce corps viril, objet de tous les regards, investi par les fantasmes troubles comme en témoigne l’agitation des femmes du fort présentes au premier rang de la salle d’audience. Dès l’apparition de Rutledge, “bâillonnant de sa main la bouche de Miss Beecher sur ce quai de gare abandonné aux terreurs nocturnes, l’action est transposée sur le plan sexuel” (Thierry Jousse).

“Je suis irlandais d’origine mais de culture western. Ce qui m’intéresse, c’est le folklore de l’Ouest, montrer le réel, presque documentaire. J’ai été cow-boy. J’aime le plein air, les grands espaces”. Sur les quelques 140 films réalisés par Ford, un tiers fut consacré à l’Ouest. Carrière impressionnante, non seulement en raison du nombre, mais également par sa place fondamentale dans l’histoire du cinéma : Ford, né en 1894 et mort en 1973, fut réalisateur dès la fin des années dix, inventant le western, lui donnant ses lettres de noblesse ; bien plus tard, ses derniers films sont les contemporains de ceux de Peckinpah, d’Aldrich ou de Leone qui marquent la fin du genre. Citons quelques titres pour rappel : Straight Shooting en 1917, Le Cheval de fer en 1924, Vers sa destinée et Sur la piste des Mohawks en 1939, My Darling Clementine en 1946, Le Massacre de Fort Apache en 1948, La Prisonnière du désert en 1956, Les deux cavaliers en 1961, L’homme qui tua Liberty Valance en 1962, Les Cheyennes en 1964.

Vous pouvez lire :
Dir. Patrice ROLLET et Nicolas SAADA, John Ford, Ed. de l’Etoile/Cahiers du Cinéma, 1990
Jean-Loup BOURGET, John Ford, Ed. Rivages, coll. “Rivages Cinéma”, 1990
Patrick BRION, John Ford, Ed. de la Martinière, 2002

     
Séance : Jeudi 31 janvier à 20h00.