Makoto, encore adolescente, a pris l’habitude d’user de son charme pour se faire raccompagner chez elle en voiture par des inconnus d’âge mûr. Kiyoshi, étudiant et délinquant, la sauve un soir d’une situation difficile. Se noue entre une relation, brutale, et les deux jeunes gens mettent au point un numéro de chantage auprès d’automobilistes.
A la différence de la Nouvelle Vague française, c’est au sein même des studios qu’eut lieu au Japon la prise de pouvoir d’une nouvelle génération : autorisée à travailler par le système étroitement structuré qui mit ses moyens à leur disposition (pour Oshima, tournage en Scope dès le premier film, couleur dès le second) et qui feint d’oublier – pour un temps – ses réserves morales, le compromis devint vite intenable. Oshima réalise en à peine deux ans une trilogie criminelle (Une ville d’amour et d’espoir, Contes Cruels de la Jeunesse, L’enterrement du soleil) qui fait de l’activité criminelle le seul moyen d’expression de ses personnages : Makoto et Kiyoshi assistent depuis le trottoir à la manifestation d’étudiants opposés au traité nippo-américain, mais sont incapables de se joindre à ce mouvement de révolte. “La délinquance est l’expression d’une critique immédiate de la société, ainsi que la seule possibilité de communiquer offerte à l’individu”. La dénonciation sociale se fonde sur la dénonciation de l’hypocrisie d’un cinéma humaniste de gauche (les producteurs furent ainsi scandalisés par l’absence de réconciliation sociale au dénouement d’Une ville d’amour et d’espoir), et passe par le sabotage des conventions du seishun-eiga (le film de jeunesse), genre exploitant commercialement les problèmes de la jeunesse, en vogue à la Shochiku.
Né en 1932, Oshima est engagé comme assistant-réalisateur à la Shochiku en 1954. Il collabore à l’édition d’une revue de critique cinématographique qui fustige l’académisme des aînés. En 1959, la compagnie lui permet de passer à la réalisation. Après sa trilogie criminelle, Nuit et Brouillard au Japon (1960) aborde un sujet politique brûlant, la contestation du renouvellement du traité nippo-américain par le mouvement étudiant, La production retire le film de l’affiche au bout de quatre jours et Oshima quitte la firme avec fracas, fondant sa propre compagnie. Il enchaîne film sur film tout au long des années 60 : Le révolté (1962), Les Plaisirs de la chair (1964), L’Obsédé en plein jour (1966), Eté japonais, double suicide (1967), La pendaison (1968), Le petit garçon (1969), La Cérémonie (1971). Le déclin de la production indépendante dans les années 70 le contraint de dissoudre sa compagnie en 1972. Oshima envisage même d’abandonner le cinéma, Jusqu’au jour où le producteur français Anatole Dauman lui permet de tourner son plus grand succès international – et son plus grand scandale en raison de la représentation explicite de relations sexuelles : L’Empire des sens (1976). Après Furyo (1982) et Max mon amour (1986), de longues années de silence, minées par quantité de projets avortés, une grave maladie, … En 2000, Tabou marque un nouveau retour d’Oshima.
Vous pouvez lire :
Louis DANVERS et Charles TATUM Jr., Nagisa Oshima, Ed. Cahiers du Cinéma, 1986
Nagisa OSHIMA, Ecrits 1956-1978. Dissolution et jaillissement, Ed. Cahiers du Cinéma/Gallimard, 1980